Le cheval territorial - exemple de la collecte de déchets


09.11.2012

Le marché du cheval en ville fait rêver bon nombre d’éleveurs et d’utilisateurs. Pour en savoir plus, la SHPF a souhaité faire un petit bilan de l’existant et du potentiel réel de ce marché. A la suite de quelques enquêtes téléphoniques auprès de Mairies et du 10e Congrès des chevaux territoriaux, il apparaît que le marché est très peu structuré. Les intervenants sont multiples (vendeurs de matériel hippomobile, prestataires indépendants, associations, IFCE…) au point de créer « une angoisse », selon Olivier Linot président de la Commission nationale des chevaux territoriaux, auprès des maires, voire un rejet du projet.

 

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L’exemple de la collecte des déchets

La partie collecte de déchets a été le secteur le mieux étudié. Ainsi pour la ville de Pont-Sainte-Marie (10), le traitement des déchets est organisé par Sita-Dectra, une filiale de GDF-Suez, qui, après réponse par appel d’offre, a sous-traité avec Hippo-Ecolo Services, entreprise privée. En moyenne, une collecte avec un cheval revient à 20-35 000€/jour/an, selon Christophe Pivert de la société Sita-Dectra. Il n’est pas possible de comparer avec un ramassage camion car ce sont des prestations différentes. « Le cheval coûte plus cher à la collectivité. Par contre, sur le long terme, avec les subventions liées à un meilleur traitement des déchets, la collectivité y gagne », explique-t-il. Le cheval favorise le trie de par son capital sympathie. En moyenne 10 à 15% de tonnages supplémentaires sont collectés du fait de la présence du cheval. Un chiffre confirmé par Alexandre Champion d’Hippo-Ecolo Services, le traitement des déchets via le cheval améliore le tri « de minimum 15%, en moyenne de 20 à 25% et cela va jusqu’à 35-40% ». Or un meilleur tri augmente le montant des subventions Eco-emballage auprès de la mairie ou de la communauté de commune. Selon Alexandre Champion, ces aides sont passées de 17 000 à 42 000€ à Pont-Sainte-Marie, de 25 000 à 68 000€ à Saint-André-les-Vergers (10). Ces subventions, liées à la performance du tri des déchets, sont alimentés par les industriels qui mettent les emballages sur le marché (www.ecoemballages.fr).

 

 (crédit photo: E.Durand)

Des percherons pour le ramassage des déchets en ville.

  

Trois solutions pour installer un cheval en ville

Pour Alexandre Champion, il existe trois solutions pour répondre à la demande du cheval en ville : soit la ville finance tout le système (cheval, harnais, attelage…) et salarie un meneur, soit elle délègue la totalité à un prestataire extérieure, soit elle conçoit « un système mixte ». Dans ce dernier cas, les investissements (matériel et chevaux) sont portés par la collectivité, lui permettant ainsi d’avoir des subventions, et sont mis à la disposition d’un prestataire privée. Un système avantageux car la ville  « touche des subventions, ne gère pas d’animaux (week-end, jour férié, etc) et à une garantie de service » (exemple de Gréoux-les-Bains (04)). De son côté, Olivier Lemaire d’Evoli Conseil a rappelé les différentes subventions possibles dans le cadre d’un « projet de services hippomobiles » en ville : Fond Eperon, dossier de subvention LEADER dans le cadre de l’axe 4 de la politique de développement rural européenne et les fonds des communautés de commune (potentiel de co-financement de 70%). D’après Christophe Pivert, le Grenelle de l’Environnement et l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) devraient être source d’aides supplémentaires. Les appels d’offre sont fixés pour des durées de 3 à 6 ans en moyenne (Pont-Sainte-Marie : 5 ans).

 

Associer cheval et camion dans la collecte des déchets

A Pont-Sainte-Marie, la collecte s’effectue, avec des points de regroupement des déchets. Le ramassage se fait au cœur de la ville avec des voitures hippomobiles. Puis, après dépôts sur les sites de collecte, les déchets sont repris par des camions jusqu’au centre de trie ou d’enfouissement. Le principe d’associer voitures hippomobiles et camions a été repris par Véolia Propreté à Hazebrouck. Il s’agit d’une association dont la pertinence est reconnue par tous. D’après Christophe Pivert, pour installer un cheval en ville pour la collecte de déchet, les secteurs pavillonnaires sont privilégiés de part leur configuration et leurs habitants (pas de camions qui circulent donc moindre bruit, pas de bac de collecte des déchets, niveau de vie aisé…). Les grands axes, les habitations regroupées sont à éviter pour des raisons de sécurité et de matériel non adapté (trop de déchets à transporter du fait des bacs de collecte). « Le cheval est plus performant que le camion », a affirmé  Sophie Petibon de Véolia propreté lors du 10e Congrès des chevaux territoriaux. « Il marche à 5km/h alors que le camion roule à 3km/h. Par contre, il ne peut travailler des heures durant ».

 

(crédit photo: E.Durand)

Le caisson et l'attelage utilisée par Véolia propreté à Hazebrouck.

 

Freins à l’émergence du cheval territorial

Le niveau de formation des meneurs est revenu régulièrement sur le tapis lors du 10e Congrès des chevaux territoriaux car trouver de bons cochers reste difficile, surtout que les responsabilités liées à ce métier sont encore peu reconnues. « Un seul accident et vous ne verrez plus un cheval en ville », a rappelé Olivier Linot. De plus, le projet d’instaurer de la traction animale en ville garde un côté « rétro » qui est parfois un frein important à son développement. Sans parler de la multiplication des acteurs… Une problématique qui se retrouve également pour la préparation des Jeux équestres mondiaux.

 

Emilie Durand

  

Cheval territorial au Sénat

 Interrogé sur d’éventuels projets ou études au Sénat sur le cheval territorial, la réponse de François Bouton, secrétaire exécutif de la Section cheval est claire : « Le Sénat n'a procédé à aucune étude sur le sujet et, à ma connaissance, aucun projet de loi n'est à l'étude sur cette question. »