Des difficultés pour la marque


08.07.2016

 

En effet, plusieurs des vétérinaires chargés par la SHP, dans les 50 cantons du berceau d’origine, d’effectuer cette marque avaient rejoint l’Armée, en général dans des affectations liées aux soins à apporter aux chevaux.


Cette pratique de marquer au fer les poulains percherons ne date pas de la création de la SHP en 1883 mais a débuté en 1889 à la demande insistante des éleveurs américains désireux de mettre un terme aux très nombreuses fraudes commises par les marchands de chevaux et autres maquignons sur l’identité des chevaux.


Adoptée lors de l’Assemblée générale de 1888, la marque a vu ses règles établies en décembre de la même année. « Dans sa réunion de samedi dernier, le Bureau de la SHP a pris plusieurs résolutions importantes, notamment en ce qui concerne les formalités de la marque qui seront remplies par MM. Les vétérinaires dans chaque commune, et commenceront le 1er mars de chaque année pour être terminées le 1er août », peut-on lire dans le compte-rendu de l’A.G. rédigé par M. Boullay-Chaumard., secrétaire de la SHP.

 


 

Une étude détaillée des courriers reçus et des textes administratifs publiés par la SHP de Nogent-le-Rotrou donne une idée de l’incidence de la Grande guerre sur la vie percheronne et en particulier sur le service de la marque.
Lors de la première année du conflit en 1914, le service de la marque avait été très perturbé, comme l’indique ce passage d’une lettre de C. Pivard, vétérinaire à Mamers, datée de 1915. « L’an dernier, beaucoup de cultivateurs n’ont pu livrer leurs produits comme reproducteurs de race par suite du non fonctionnement de la marque et cela leur a occasionné un préjudice considérable ».
La marque et ses difficultés ont été à plusieurs reprises à l’ordre du jour des réunions du Comité de la SHP.


 

Pour l’année 1915, la SHP prend des dispositions particulières pour assurer la marque des poulains. Elle sera effectuée du 15 septembre au 31 décembre et une grande liberté est laissée aux éleveurs qui peuvent même faire marquer leurs poulains à domicile. Ces dispositions adressées à la presse locale avec la liste des vétérinaires agréés par la SHP permettent de voir que sur 28 vétérinaires assurant la marque, 13 étaient mobilisés et donc seulement disponibles à l’occasion d’éventuelles permissions.

 

Les difficultés ne touchent pas seulement les vétérinaires. Dans toutes les familles, les hommes dans la force de l’âge ont été mobilisés et ce sont les femmes qui doivent faire fonctionner les fermes, comme l’indique ce courrier du 10 novembre 1915 adressé à la SHP par Mme Sidonie Busson, née Callu, de Oigny en Loir-et-Cher.

« Mon mari étant au front me charge de vous demander si la marque des poulains et pouliches percherons se fait cette année », peut-on lire dans cette lettre.


Mobilisé sur le front, comme en 1914, Félix Cochelin, vétérinaire à la Ferté-Bernard, adresse le 20 août 1915 un courrier au président de la SHP pour dire que cette année encore sans remplaçant, il ne pourra effectuer la marque.


Félix Cochelin ne sait pas que quelques jours plus tôt, sa femme a écrit à la SHP pour annoncer qu’un confrère de son mari avait accepté de faire la marque en 1915 sur son secteur.

 

Les vétérinaires trop âgés pour être enrôlés dans l’Armée assurent la marque sur leur secteur et le font savoir, comme par le passé, par des affiches placardées dans les villages concernés.

 

Quant aux vétérinaires mobilisés, ils s’organisent au mieux pour effectuer la marque à l’occasion de leurs permissions, comme par exemple Ch. Ronsin, vétérinaire à Beaumont-sur-Sarthe.

 

C. Pivard, vétérinaire à Mamers, mobilisé comme vétérinaire chef de service au 6ème Régiment de Génie à Angers, fait savoir à la SHP qu’en 1916, à l’occasion de ses permissions « assez fréquentes », il assurera bien la marque.


 

 

En septembre 1915, C. Pivard et Ch. Ronsin, les vétérinaires de Mamers et Beaumont-sur-Sarthe, entreprennent conjointement une démarche, par l’intermédiaire du président de la SHP Charles Aveline, auprès du préfet de la Sarthe pour obtenir une permission spéciale pour effectuer la marque. « Je viens vous prier Mr le Préfet, de demander à Mr le Général commandant la 4ème Région, de bien vouloir accorder à M. Pivard de Mamers, actuellement vétérinaire aide major de 1ère classe au 26ème Régiment d’artillerie, et à M. Ronsin de Beaumont-sur-Sarthe, vétérinaire auxiliaire au même régiment, la permission de 15 jours prise pour venir en aide à l’Agriculture ». Aucune trace ne figure dans les archives de la SHPF d’une éventuelle réponse du préfet.
La marque s’organise au gré des permissions des vétérinaires mobilisés.


 

Bien évidemment, dans cette période de guerre, un mot qui n’est jamais utilisé dans les courriers, le nombre de poulains marqués est en diminution. Ce que confirme ce courrier de A. Cabaret, vétérinaire à Bonnétable.

 

Le retard dans les opérations de marque oblige parfois les vétérinaires à intervenir sur le secteur d’un confrère.
 

   

 

En mai 1917, A. Cabaret, vétérinaire sur le secteur de Bonnétable, adresse à la SHP un récapitulatif des marques effectuées en 1916. Ce document montre que face aux difficultés du moment, la solidarité a joué à plein.
 

 

 

Texte et photos : Jean-Léo Dugast.
Mise en ligne : Catherine Manceau.
Documents : archives SHPF.